Sandra, le secret de la liberté


L’avocat.e, c’est celui qui prête sa voix. Sandra Azria, spécialisée dans le droit des affaires, a choisi de prêter la sienne aux dirigeants de PME et TPE. Elle les défend avec d’autant plus d’énergie qu’elle fait partie de la même famille : celle des entrepreneurs, avides de construire, de préserver, de pérenniser. Et qui cherchent sans trêve à élargir leur territoire de liberté.


C’est en lisant le blog de Sandra (www.azria-avocats.com) que nous avions d’abord eu envie de l’interviewer. Elle sait manier les mots pour évoquer les sujets les plus difficiles, les plus personnels, et ne s’encombre pas des clichés habituels associés au droit des affaires.

Une fois à l’autre bout du fil, elle nous a parlé de sa trajectoire, de tout ce qu’elle a empilé derrière le mot « entrepreneur » et de ce qui la fait avancer.

« Ce qui ne peut être évité, il faut l’embrasser »

Elle cite PPDA le jour de son dernier 20h et cette très jolie phrase de Shakespeare : « Ce qui ne peut être évité, il faut l’embrasser ». Sandra Azria, 46 ans, a pris la pandémie de plein fouet. Parce qu’elle a été malade, secouée par le virus au point de rédiger ses dernières volontés : « Il y a eu une soirée vraiment compliquée où je me suis vue emmenée par le Samu. J’élève seule mon fils de 4 ans et j’ai rédigé mes directives pour ma meilleure amie, afin que je n’aie plus qu’à cliquer sur “envoyer”, au cas où. »

C’est un début de portrait un peu noir, pourtant Sandra raconte l’épisode avec le recul et l’humour de ceux qui en ont vu d’autres. Elle est lucide, « angoissée, en permanence »… et très drôle. « Moi, je n’ai pas fait de yoga, pendant le confinement, je n’ai pas appris l’italien, ni les échecs. J’ai apprivoisé, comme j’ai pu, la maladie puis la coupure nette de l’activité et la somme d’incertitudes qui s’est abattue sur l’économie française - sur mes clients comme sur moi. »


Une angoisse transformée en force

« Avant le confinement, j’avais fait partir une newsletter d’alerte. J’avais vu la tempête arriver, début mars. J’étais sûre de moi alors j’ai prévenu mes clients, je leur ai dit de s’intéresser au chômage partiel, aux cas d’activation de force majeure prévus dans leurs contrats...Un tempérament angoissé, ça permet d’anticiper - et en réalité ça fait de bons avocats. ».


Elle recommande à ses clients l’option du redressement judiciaire, autant qu’elle peut sans craindre de passer pour l’oiseau de mauvais augure. « C'est ça, ou la liquidation à court terme. Alors, j’enfonce le clou. Le redressement judiciaire, ça fait peur, ça pose un problème de fierté, mais c’est une vraie solution pour se donner la chance de redresser la barre quand la trésorerie ne permet plus de payer ses dettes. Ce qui était le cas de la grande majorité des entreprises confinées… Etre sous perfusion de cash public, c’est un piège. Les grands groupes l’ont bien compris. Mais moi, j’accompagne les petits et ça me faisait mal au ventre de les voir à la maison, en train de faire de la continuité pédagogique avec leurs enfants, pendant que leur trésorerie fondait. »

Coup de bluff et légèreté

Sandra a débuté sa carrière en entreprise (SSII, éditeur de logiciels, ingénierie et conseil) avant de passer le concours d’avocat et de se spécialiser en droit des affaires et des nouvelles technologies. Elle a créé son cabinet en 2005, elle a été sélectionnée par le Conseil de l’Europe, avec 10 autres confrères français pour être formée sur le RGPD.


Sandra a commencé par louer des bureaux place Vendôme  : c’était un coup de bluff, pour celle qui n’avait encore aucun client - et ça a fonctionné. : « Quand j’ai commencé à 30 ans, j’étais en mode guerrière, je ne laissais rien filtrer de mes doutes. Maintenant, j’ai lâché là-dessus. J’ai rendu mes locaux, je voulais être la maman qui se trouve à 16h30 devant l’école et qui joue aux Lego. J’ai beaucoup travaillé sur ma productivité - c’est le grand truc des paresseux. Je fais des journées très ramassées. Bien sûr, ce n’est pas un mode d’exercice classique dans ma profession. Mais moi, j’avais besoin de réduire le cadre à l’essentiel : un ordinateur. Cette légèreté me convient très bien et je la garderai aussi longtemps que j’en aurai l’envie. Je me dis qu’être entière, authentique, provoque autour de soi une forme de sélection naturelle. Je crois qu’il y a une prime à ceux qui admettent la remise en question. Je l’observe également chez mes clients. »

« C’est la « guerre » ? Mais moi, la guerre, je sais gérer »

Sandra a toujours voulu faire ce métier. Défendre, assister, soutenir. « Je viens d’une famille juive tunisienne assez machiste, où le rôle de la femme est dans la cuisine. Très tôt, j’étais dans la revendication féministe. J’avais cette rage, je voulais juste avoir le droit de parler et qu’on m’entende. »

Enfant, Sandra commence donc par plaider sa propre cause. Mais quelques années plus tard, sa soeur lui fait remarquer qu’à travers sa profession, elle défend finalement leur père, un commerçant dont les affaires ont été bouleversées par la guerre du Golfe.


« Et c’était très juste. J’ai toujours voulu être à mon compte. Dès le départ, je me suis placée du côté de ceux qui construisent, qui entreprennent. Quand j’étais salariée, je tenais rarement plus de six mois. Enlevez-moi tout ce que vous voulez, sauf ma liberté. Quand on choisit sa contrainte, on est libre. »

«Quand on choisit sa contrainte, on est libre. »

Sandra dit avoir été surprise par ses propres réactions face à la crise : « Je suis entrepreneuse, au moins autant qu’avocate. Et ça non plus, ce n’est pas à la mode chez mes confrères. Dans cette profession, vendre c’est un gros mot. Pas pour moi, je parle de commercial et de développement. Ce printemps, je suis passée tout de suite en mode combat. C’est la « guerre », nous a dit le président ? Mais moi, la guerre, je sais gérer. J’ai coupé dans mon budget et je me suis dit : la vague, je peux la surfer. Suis-je dans le déni ? Je ne crois pas. Simplement, il faudra plus qu’une pandémie mondiale pour mettre fin à mon cabinet. »


Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger



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