Romain, le boxeur

L’humain, toujours. Et le recrutement, encore ! Lorsque nous avons rencontré Romain Gauthier, CEO de Didomi, ces deux sujets sont remontés comme des bulles à la surface de l’eau. D’abord, parce que Romain repousse l’image du « patron isolé, celui qu’on imagine seul aux commandes » : « C’est une idée fausse. La figure de Jupiter, je ne m’y reconnais pas du tout - au contraire, avec mes deux associés, on prend toutes nos décisions sur la base du consensus. » Ensuite parce qu’au-delà du trio dirigeant, c’est toute l’équipe qui fait la différence : surtout lorsque, comme Romain, on a recruté plus de 30 personnes en moins d’un an. « Ma hantise, c’est de faire entrer le loup dans la bergerie. » Issu d’une famille de militaires et de marins, Romain a choisi de faire dévier la trajectoire, mais en devenant entrepreneur, il en a clairement gardé les valeurs et les codes.

Armer sa volonté

Il s’exprime vite, il va droit au but. Efficace et assuré. Romain est boxeur et on devine qu’il adopte la même gestuelle au bureau. Ce jeune patron de 33 ans, père de 4 enfants, a choisi d’exercer dans le civil. Issu d’une « longue lignée de marins », il a intégré les Commandos Marine pendant un an avant de monter une, puis deux entreprises. « J’entends parfois la voix de mon père qui disait : « Un Gauthier n’abandonne jamais ». On m’a élevé dans cette idée que l’échec est dû à un manque de volonté. Que la volonté peut tout. C’est une pensée qui devient destructrice, si on ne la nuance pas. J’ai armé ma volonté, mais je sais aussi qu’il faut intégrer d’autres paramètres. »

Conjurer le sort

En entrant dans les Commandos, Romain vient « conjurer le sort » pour mieux passer à autre chose. « J’ai toujours eu beaucoup de mal avec l’autorité, mais dans cette unité-là, ce ne sont pas les officiers qui décident : c’est l’expérience. L’année dans les Commandos m’a appris à connaître mes limites, elle m’a poussé dans mes retranchements. C’était à la fois un rêve d’enfant et un espèce d’électrochoc. Je sortais d’une grande école de commerce parisienne - à 20 ans, on m’avait convaincu que j’étais l’élite de la France - et ça m’a fait du bien de ramper dans la boue avec des gens qui ne me ressemblaient pas du tout. J’ai beaucoup appris : il y a ce que j’en retire et ce que je cherche à ne pas répliquer. »


Penser collectif

Côté pile, la capacité de se mettre au service du collectif l’inspire toujours au quotidien. « Penser collectif, pour moi c’est clef. Et là-dessus, l’armée a tout compris. C’est une notion qui manque à beaucoup d’entreprises. Pour y parvenir, il faut un objectif valable. »

Alors, pour concilier objectif commun et aspirations individuelles, Romain construit un projet d’entreprise lisible… et il apporte un soin particulier aux recrutements. « Les vraies décisions, celles qui comptent, portent sur le recrutement. Quand on recrute, on est le gardien du temple. Il faut s’assurer de ne pas déséquilibrer l’édifice. Le loup dans la bergerie, c’est ça : une seule personne peut très bien en faire fuir beaucoup d’autres. Dans d’autres entreprises, j’ai rencontré de vrais loups, sans scrupules. On peut être aussi bon qu’on veut, la compétence ne suffit pas. Je choisis des tempéraments ».


L’aléas humain

L’aléas humain, il faut l’accepter, estime Romain. Il y a aura forcément des erreurs de casting. Et de toutes façon, l’humain est le premier matériau du dirigeant. « Nous sommes en forte croissance et depuis qu’on grandit, une partie de mon temps consiste à dénouer des conflits - et à m’assurer que tout le monde comprend ce que nous sommes en train de faire. Tout ça se résout en apportant beaucoup de clarté, en braquant le projecteur où il faut. »

La structuration d'une équipe : un défi personnel

La mise en place de « process », la structuration d’une équipe, font partie du chemin lorsqu’on crée une entreprise et ils constituent pour Romain un défi personnel. Une « interrogation profonde » : « Est-il possible de ne pas être happé par le passage à l’échelle ? J’ai l’impression qu’au-delà d’une certaine taille, l’entreprise se fait déborder par les intérêts individuels, par sa dimension politique. A partir de 120 ou 130 collaborateurs, on ne peut plus connaître tout le monde : on perd l’accès direct au patron. Faut-il volontairement s’en tenir là ? Limiter son horizon de croissance ? Quand je fais mes business plans à 3 ans, je suis juste en train de jouer le jeu, je prolonge mes courbes à l’infini… et parfois je me demande ce que ça donnerait si je décidais d’infléchir la courbe. » « Chez Didomi, nous sommes moins de 50 personnes… mais nous avons déjà un premier échelon de managers, reprend-il. J’aimerais éviter de perdre le fil. Pour autant, je veille à déconstruire les mythes de la start-up : non, nous ne sommes pas tous potes. Et non, nous ne sommes pas tous des couteaux suisses. »

Deux start-up sans trous d’air

Sa première entreprise (TactAds), Romain l’avait déjà fondée avec Jawad Stouli, l’un de ses actuels associés. Ils ont vendu au bout de 18 mois à un groupe américain. « On n’a jamais connu de trou d’air et on est tombé sur des gens bien. Ils auraient pu nous écraser mille fois : on était jeunes, on ne comprenait rien. Mais non. Je suis resté trois ans chez eux ensuite, et j’ai beaucoup appris. » Aujourd’hui, avec Jawad et Raphaël Boukris, respectivement geek et joueur de poker (ou pour les présenter autrement : CTO et VP Sales), Romain savoure le plaisir de travailler avec « des individus très différents et très rationnels ». « Je suis plutôt impulsif et sanguin, je me mets facilement hors de moi, je suis parfois prêt à prendre des décisions irréfléchies. Ils calment le jeu. La boxe m’aide aussi : c’est l’art de se contrôler tout en donnant des coups. » Quand le premier confinement a débuté, les trois dirigeants de Didomi venaient juste de promettre à leurs VC un business plan très agressif - et d’investir dans 200 m2 de bureaux avenue de l’Opéra. Qu’importe, les associés tiennent la barre et leur offre - en BtoB, autour du consentement RGPD - semble bien résister à la crise. Didomi vend désormais dans 22 pays. « Nous passons tous encore plus de temps qu’avant devant nos écrans. »

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