Raphaël, les raisins de la colère



Converteo est une société de conseil Data & techno, qui emploie 150 consultants à Paris. Son co-fondateur, Raphaël Fétique, est en colère…. et ce, depuis le début du confinement. Face aux mesures gouvernementales, il a le sentiment qu’on l’infantilise et qu’on le prive de son statut de chef d’entreprise en le réduisant à une fonction d’animateur. Sa colère argumentée, saine, froide, a tendance à gagner ceux qui l’écoutent. Il nous a parlé durant près de deux heures. Restituer la précision de son discours constituera un défi.

Un mot après l’autre, un débit contrôlé, une voix posée, presque calme : Raphaël n’est pas du genre à taper sur la table. Et pourtant, aucun doute, il est furieux. Qu’on le prive de sa liberté de mouvement, passe encore, mais qu’on ne lui dise ni pourquoi, ni à quelles conditions il pourra reprendre le contrôle, ça le rend fou.

Ingénieur Telecom Paris, également diplômé de HEC, Raphaël a créé son entreprise sitôt sorti d’école, avec l’un de ses camarades de promotion. Il fait partie de ceux qui pensent que la valeur n’attend pas le nombre des années, que la vie est courte et qu’il faut avancer. Alors, il avance, et d’un pas rapide. En l’espace de 13 ans, Converteo s’est fait une place sur le marché du Digital Consulting et a forgé sa propre culture d’entreprise, marquée par le franc-parler et le pragmatisme.


"Avons-nous oublié le rôle de l'économie dans notre société ?"

« Dans certains pays, comme en Inde, être confiné peut signifier mourir de faim, parce qu’on ne peut plus sortir pour gagner sa nourriture quotidienne. Alors évidemment, je relativise. Mais tout de même, je suis alarmé par les arbitrages français, entre le sanitaire et l’économie. L’économie permet également aux gens de vivre, l’avons-nous oublié ? »

Quand l'entrepreneur est assigné à résidence

Raphaël le rappelle : il est un entrepreneur, pas un manager. Il déteste qu’on le contraigne. « J’ai longtemps espéré que l’option du confinement ne serait pas activée. Ensuite, je me suis dit qu’on allait gérer cet épisode comme un pays du XXIe siècle, avec des tests, des masques, des applications de tracking. Et enfin, je me suis rendu à l’évidence : c’était plus grave que prévu, on n’était pas prêts et la communication de l’Etat serait défaillante. »

« J’ai horreur d’être pris pour un enfant, poursuit-il. Quand on ne me donne pas toutes les informations, quand je ne peux pas m’approprier le raisonnement de l’autre, je le rejette. Ici, on nous a dit qu’on nous confinait pour protéger notre santé. Mais on sait très bien qu’il n’y aura pas de vaccin dans six mois et à aucun moment on ne nous a exposé les critères du déconfinement. L’humain n’est pas fait pour être confiné. Nous avons reçu l’équivalent d’une peine judiciaire : l’assignation à résidence. Exception faite du bracelet, mais les condamnés, eux, peuvent recevoir des visites. »

Raphaël ne se dit pas inquiet quant à la survie de Converteo : « Mon problème, ce n’est pas de survivre, c’est de vivre. On entrave ma liberté d’entreprendre. J’ai fait le choix d’investir de l’argent, de gagner ma liberté, d’aller me battre contre des moulins, et on me dit : « Reste chez toi ». Mon épouse est infirmière. A un moment, elle ne comprenait pas pourquoi je me plaignais. Elle, elle va au front. Mais moi, je pense qu’à force de ne parler que de la maladie, on ne voit pas le tsunami qui est derrière : la crise économique. »

Tout le monde ne joue pas le jeu du patriotisme économique

L’entrepreneur se montre consterné face au « double discours » et à la fraude de certains grands groupes qui côté pile affirment soutenir l’économie du pays en protégeant leurs salariés et leurs fournisseurs et côté face coupent les prestations sans état d’âme et recourent au chômage partiel. « Je me suis exprimé sur le sujet, sur Linkedin notamment ; et j’ai invité les salariés des entreprises concernées à s’exprimer à leur tour. Cela me pose un vrai problème de « patriotisme économique » : ces groupes font n’importe uoi, je peux vous montrer les emails qu’on a reçus, ils interrompent nos prestations et c’est l’Etat qui régale. Si je me comportais comme eux, je ferais une meilleure année que d’habitude ! Force est de constater en revanche que les « petits, » les PME, ont un comportement exemplaire. »


Le chômage partiel, une sorte de revenu universel garanti

D’ailleurs, Raphaël n’est pas à l’aise non plus avec le concept de chômage partiel financé par l’Etat. « Cela revient à un revenu universel garanti. Les gens n’ont plus un travail, mais une occupation. Et ça fait de moi, non plus un chef d’entreprise, mais une sorte de président d’association. Or, si je voulais être président d’association, j’aurais choisi un autre domaine d’activité. »

L'entreprise est un être vivant qui ne doit pas perdre sa culture dans la survie

Les premières semaines de confinement ont été difficiles, on l’a compris. Après un temps de flou, de recherche d’informations, durant lequel il avait l’impression de jouer au Sudoku : « On fait des hypothèse, on écrit au crayon à papier en se disant qu’il faudra revenir dessus si l’hypothèse s’avère fausse », Raphaël et son associé Thomas ont défini leurs priorités : 1. Préserver l’entreprise. « C’est un être vivant, qui doit survivre en ne perdant pas sa culture. » 2. Préserver l’emploi. Et 3. Préserver les salaires.

« Nous toucherons touchons le 3, puis le 2, avant de toucher au point 1. Le 1, c’est notre âme, et on ne veut pas perdre notre âme. »

Une sortie de crise impossible à dessiner

Raphaël est très soucieux pour la sortie de crise. « Les aides financières n’auront aucun impact sur la reprise économique si l’on ne rétablit pas le contrat de confiance, si le déconfinement se fait aussi brutalement que le confinement. Et c’est bien ce qui s’annonce. Quelle est notre stratégie épidémiologique ? Immunité collective ? Attente d'un vaccin ? Concernant la date du 11 mai, l'absence de démonstration me laisse avec davantage de questions que de réponses. Même chose pour les événements interdits jusqu'à mi-juillet. Pourquoi pas juin ou septembre ? Pourquoi mi-juillet ? Qu'est ce qui devrait se passer d'ici là ? Nous aurons un masque ? Des tests ? Un vaccin ? Il faut rétablir la confiance… Les citoyens veulent des actes, pas des discours. »

Raphaël attache beaucoup d’importance aux explications. Chacune de ses décisions est justifiée aux équipes. « Je leur parle comme à des adultes - et c’est exactement ce que j’attends du gouvernement à mon égard. Après le 11 mai, nous resterons en télétravail et ce sera pareil pour mes clients, dans les fonctions "centrales" et de bureau. Les projets seront toujours en mode réanimation », conclut-il.


Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger

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