Pacôme, l’homme de la situation


Calme et doux, Pacôme Révillon, aux commandes d'Euroconsult se révèle depuis cinq semaines être un excellent gestionnaire de crise, capable de relativiser tout en continuant d’anticiper et de protéger ses équipes sans pour autant éviter les décisions importantes.

Une photo de son chat, Marvin, assis dans une poêle et « prêt à se faire manger face à la pénurie de pâtes ». Des citations poétiques ou philosophiques, commentées avec un humour pince-sans-rire. Des conseils de lecture. Des nouvelles des projets aussi, distillées en filigrane, des informations sur les marchés internationaux, sur l’évolution des stagiaires de l’entreprise et bien entendu sur la santé des collaborateurs… Chaque jour depuis le 18 mars, l’équipe de Pacôme reçoit une newsletter spéciale confinement, baptisée « Euroconsult fait son télématin ». Une dose quotidienne de bonne humeur, qui maintient un lien précieux. A travers les lignes, on devine le tempérament attentif et joyeux d’un dirigeant qui puise ses forces dans sa cellule familiale et ne fait pas semblant de cloisonner vie pro et vie perso.

Il s'adapte aux situations critiques

Lorsque nous avions discuté en visioconférence, Pacôme nous avait déjà fait le même effet : celui d’une solide tasse de thé, à l’anglaise. Lorsqu’il a repris Euroconsult, il y a 15 ans, il est passé du statut de collaborateur à celui de dirigeant. Un défi relevé en pleine crise financière : à l’époque, l’entreprise menaçait de faire faillite sous trois mois. Mais il faut croire que Pacôme aime ça. « Je m’aperçois que les challenges me conviennent et même que j’y suis plus à l’aise que dans la gestion courante. Cette fois-ci, c’est encore différent. 2020 était l’année où tout devait décoller, les dividendes devaient commencer à tomber, nous venions d’effectuer les derniers remboursements d’une succession d’emprunts. Bon. C’est raté. Chez Euroconsult, nous faisons du conseil, des études de marché et de l’événementiel. Nos clients travaillent dans l’aérospatial, ils sont touchés de plein fouet, ce qui signifie concrètement qu’ils ne pourront peut-être plus nous payer. Il faut s’adapter à cette situation à haut risque et j’ai décidé de poursuivre notre activité même avec les clients les plus fragilisés. S’ils s’en sortent, ils nous seront fidèles pour 20 ans. »


Cette crise est une aventure humaine autant que professionnelle

Ingénieur, également diplômé d’économie, Pacôme estime que la crise Covid-19 est « une aventure humaine autant que professionnelle », qui lui permet de développer de nouvelles compétences, dans des domaines qui ne font pas toujours rêver mais restent indispensables : « Nous avons un bureau à Montréal, alors j’ai passé le second week-end de confinement avec le droit social canadien sur ma table de chevet. »

"Pragmatique dans le flou, il décide de repousser un événement représentant 25% de son CA"

Autre sujet d’importance pour l’entreprise : l’organisation d’un évènement annuel en septembre, qui représente 25% du chiffre d’affaires. Durant les quatre premières semaines de crise, en l’absence complète de visibilité, Pacôme a choisi de maintenir l’effort et de continuer à organiser le salon comme s’il pouvait se tenir. « C’était le piège parfait. »

Depuis la dernière prise de parole d’Emmanuel Macron (le 12 avril 2020), il estime que l’évènement ne peut qu’être repoussé. « Les nouvelles les plus importantes pour moi étaient finalement en entrefilet, ou mentionnées rapidement : pas de rassemblement avant au moins la mi-juillet et des articles publiés dans les jours précédents, suggérant une volonté de maintenir fermées les frontières de l’espace Schengen jusqu’à septembre. Ces deux éléments combinés rendant quasi impossible la tenue de notre conférence de septembre. La confirmation d’une nouvelle date, avec tout un tas de réaménagement, est donc devenue la priorité de la semaine, avec les implications financières que cela suppose. Pas de traumatisme, mais le besoin d’accélérer la réflexion et la potentielle mise en place d’un niveau 2 sur la gestion des coûts et de la trésorerie. Et au niveau d’une entreprise de notre taille, les informations sont encore insuffisantes pour voir comment en pratique les collaborateurs pourraient venir au bureau au mois de mai au bureau, dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Cela va être une forme de course de plusieurs semaines. »

"On jongle avec les si"

Avec près de 50 salariés, Euroconsult poursuit son chemin en « jonglant avec les si ». « Le numéro 2 de l’entreprise a été atteint du Covid-19, il va bien, mais c’est vrai qu’entre les inquiétudes sanitaires, économiques et sociales, nous n’avons jamais eu un tel niveau d’incertitudes. La charge mentale est importante. J’essaie de m’intéresser à tout, en même temps. Je suis face à une obligation de décision et de résultat qui me porte et me stimule. » Pacôme a demandé à tous ses chefs de projet de discuter avec au moins cinq prospects en ce mois d’avril. « Ne rien faire pendant trois mois, ce serait un vrai risque pour la suite. Il faut préparer l’après-crise, même si l’horizon reste flou. Le monde ne s’est pas encore écroulé sous nos pieds… On avance et on ne laisse pas le temps nous échapper. Je prends les décisions avant que la situation ne vienne les prendre à ma place. »


Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger

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