Hugues, Double Six

Mis à jour : juin 16

Pendant l'interview, Hugues nous a confié que plusieurs fois dans sa vie, il avait "relancé les dés". Et qu'il aimait ça. Comme si le simple fait de se lancer était déjà une réussite. Elle est là, la philosophie "double six", la chance sourit aux audacieux. Une belle rencontre. Avec ce 18e portrait de notre série, on prend les paris : on va vous transmettre le frisson du jeu.


Est-il banquier, journaliste, investisseur ? Un peu de tout ça à la fois. On ne tentera pas de coller une étiquette sur une personnalité aussi libre.

Dans sa vie, Hugues Le Bret a plusieurs fois « relancé les dés » pour tout reprendre de zéro. Il met sa peau en jeu et laisse le hasard courber sa propre trajectoire. « Le plus grand risque est de ne pas en prendre », assure-t-il.


La banque au bureau de tabac

Le fondateur du compte Nickel a bouleversé le marché bancaire en 2014 en inventant « le compte sans banque », que l’on ouvre en cinq minutes au tabac du coin, sans aucune condition de revenu ni de patrimoine. 

Cette aventure, qui a débuté par une rencontre avec Ryad Boulanouar, ancien gamin de banlieue devenu ingénieur - un autre touche-à-tout - et lui-même passé par l’interdit bancaire, a donné naissance à une nouvelle offre, détonnante sur le marché très codifié de la banque. Pas de langage policé, pas de tarification opaque, pas d’astérisques ni de conditions sibyllines.


L'offre séduit au delà du marché cible

Et fort logiquement, le compte Nickel a séduit une population bien plus large que celle à qui il était destiné - les Français aux revenus modestes. La simplicité d’usage et la transparence de l’offre plaisent à tous, comme en attestent les 1,5 millions de comptes ouverts à ce jour.

Un parcours atypique

Avant ça, Hugues avait dirigé Boursorama, mais aussi assuré la communication de la Société Générale en pleine tourmente de l’affaire Kerviel. Depuis, il continue de signer un parcours atypique.

Il est toujours impliqué dans Nickel, en tant que président du conseil de surveillance ; lequel définit la stratégie, valide les comptes, nomme et révoque les dirigeants. Mais il accompagne aussi une douzaine d’entreprises, il est au board de six sociétés et il a investi dans plusieurs FinTech ainsi que dans une société d’animation récompensée aux Oscars l’année dernière. Il conseille quelques fonds d’investissement.

Il a investi lui-même dans le projet Wake Up Café en faveur de la réinsertion des détenus par le retour à l’emploi. Il s’occupe notamment de la transformation de l’ancien bateau de l’émission Thalassa en école de cuisine. Le bateau sera amarré quai de Grenelle en face de la statue de la… Liberté.


"Je me sens à l’aise en haut et en bas de l’échelle sociale."

Une dimension sociale qui teinte la plupart de ses choix. « J’ai toujours été comme ça. Au début j’étais journaliste. Je me suis toujours intéressé à la sociologie, aux populations les plus fragiles. Je me sens à l’aise en haut et en bas de l’échelle sociale. J’aime le naturel, la simplicité - pas l’élitisme ni l’entre-soi. Et j’ai souvent repris mon indépendance : dès que j’étais en désaccord. A 30 ans j’ai démissionné de chez Publicis. Même chose pour Boursorama. Et à la Société Générale, de nouveau, on m’a demandé de choisir entre mon poste et le livre que j’avais envie d’écrire sur l’affaire Kerviel. »

"Quand on m'a demandé de choisir entre mon poste et mon livre, c'était vite vu."

Il a choisi le livre, bien sûr. « J’ai toujours eu envie de dire ce que je pensais, sans être pour autant un donneur de leçons - c’est une attitude dont j’ai horreur. J’aime régler les problèmes, agir en cohérence avec un projet qui a du sens. Mon premier livre, à 34 ans (L’espoir économique), était déjà un plaidoyer en faveur de l’entreprenariat. »

"Ce qui a le plus d’importance dans nos vies, c’est ce qu’on n’a pas préparé"

La crise actuelle, sanitaire et économique, ramène Hugues à la notion d’inconnu, qui lui est particulièrement chère. « Les crises précédentes m’ont appris que ce qui a le plus d’importance dans nos vies, c’est ce qu’on n’a pas préparé. La rencontre amoureuse. Le choc financier. L’arbre qui tombe sur la route… Je ne crois pas que tous les destins soient écrits. A chaque fois que j’ai démissionné, relancé les dés, il s’est passé des choses merveilleuses, parce que j’étais sorti de mon « carton ». Il n’y a rien de pire que le principe de précaution. Si l’on accepte cette idée d’incertitude, de hasard heureux, d’évènements structurants, alors on est beaucoup plus apte à affronter la suite. »

C’est le discours que Hugues tient actuellement à « ses » jeunes entrepreneurs, tout en les incitant à multiplier les contacts : continuer les recrutements, appeler leurs clients tous les deux jours. Un message d’hyper connexion, en somme. « Pour la première fois de notre histoire, on ne sait pas du tout où on va. On a arrêté l’économie d’un coup sec, durant deux mois. C’est incroyable. On a créé une espèce de dette perpétuelle, une montgolfière, une période d’endettement massif sans inflation. »

" Il est impossible de lire l’avenir, de se fier aux analyses des experts "

« Il est impossible de lire l’avenir, de se fier aux analyses des experts, reprend-il, car on n’a aucun point de comparaison. L’épidémie va modifier le rapport au risque, la vie sociale, le rythme de travail, la manière de consommer, l’état psychologique des citoyens… mais dans quelle mesure ? Le rapport au travail a changé également. On a applaudi les éboueurs, pour ne citer qu’un exemple. On ne peut pas deviner les effets collatéraux de tout ça. La crise génère aussi beaucoup de whisful thinking : chacun y voit l’illustration de ce qu’il pensait déjà avant. »

"Je ressens une énergie, une volonté collective de repartir plus fort "

Une chose est sûre : « Je ressens une énergie, une volonté collective de repartir plus fort à l’issue du confinement. Nous sommes nombreux à vouloir faire avancer les choses, à ne pas retourner à une forme de routine », conclut Hugues.


Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger

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