François, les pieds sur terre

Mis à jour : mai 28

Le « prix de la santé » est au cœur des débats sur la balance entre sécurité sanitaire et reprise économique. François Dommanget vit avec cette question depuis plus de 25 ans : il est vétérinaire sur l’Île de Ré. Ses clients font soigner - ou pas - leurs animaux au regard du budget qu’ils sont prêts à y consacrer.

François a vu arriver l’épidémie avec la simplicité et le recul de ceux qui ont étudié la biologie. La Nature est pétrie d’incertitudes et nous ne pourrons jamais ni tout savoir, ni tout contrôler… Serein face au virus, il tente de le rester aussi face à la baisse de son chiffre d’affaires (-20% durant le confinement). Il estime que la crise sanitaire va s’installer et a pris ses décisions sur la base d’un épisode qui pourrait durer deux ans.

Les vétérinaires ont un rôle de police sanitaire méconnu

Ré est une destination touristique, alors forcément, quand on confine une population, tous les professionnels de l’île le ressentent. Pas seulement les hôteliers et restaurateurs : les vétérinaires sont concernés également.

« D’habitude, le week-end, on voit les clients arriver vers 17h au retour de la plage, ou lorsque leurs chiens se battent au terme d’une journée de balade », résume François. Ce printemps 2020 aura pris une tout autre allure.

En février, j'ai eu peur face à un cas de rage mais pas face au Covid-19

Pourtant, François considère posément la situation. « Début février, un mois avant le confinement, j’avais sur ma table un chien atteint de la rage. C’est exceptionnel, on n'en avait pas vu en France depuis plus de dix ans. La rage est transmissible à l’Homme et c’est une maladie qui est systématiquement mortelle. J’ai ressenti plus de peur face à ce cas-là que face au Covid-19. »

Les vétérinaires sont en charge d’une mission de police sanitaire assez méconnue : contrôler les maladies transmissibles à l’homme. François est donc familiarisé à la gestion des épidémies et en conséquence, il a vu venir celle du Covid-19. « Il était évident que le virus passerait les frontières. Pour nous, une épidémie, ce n’est pas quelque chose de surprenant. C’est notre quotidien. La découverte de ce virus en particulier est donc un saut dans l'inconnu, mais pas une angoisse. »

Vétérinaire et éditeur de logiciel

Au regard de la taille moyenne des cabinets vétérinaires (2 vétérinaires, 2 infirmières), celui de François - avec trois associés dont son épouse, et huit collaborateurs - relève de la « moyenne entreprise ».

François s’est installé à son compte à l’âge de 23 ans, sitôt diplômé. En parallèle il laisse libre cours à son tempérament créatif avec plusieurs activités de développement informatique. Il a ainsi conçu, il y a 10 ans, son propre logiciel métier. Il s’est ensuite associé à une coopérative vétérinaire pour vendre l’application aux confrères. Il mène également des analyses de cohérence sur le travail des IA, appliqué par exemple à l’analyse des dossiers médicaux issus des notes prises en consultation.

« Je travaille sur des projets qui me simplifient la vie ! »

« Je travaille sur des projets qui me simplifient la vie ! » sourit François. L’entrepreneur, qui se définit comme « un petit gars de la campagne », a choisi d’être vétérinaire pour animaux de compagnie. Pour les non-initiés, il s’agit de l’une des quatre grandes façons d’exercer le métier, avec l'élevage à la ferme, l’élevage industriel et les chevaux. Pendant le confinement, son cabinet est resté ouvert : on ne s’arrête pas de soigner les animaux parce qu’une épidémie éclate chez les humains.

"On ne s’arrête pas de soigner les animaux parce qu’une épidémie éclate chez les humains."

« Au début, on a passé beaucoup de temps à expliquer à nos clients comment porter des masques et pourquoi les gants, ce n’était pas toujours une bonne idée, raconte-t-il. Côté soins, nous avions mis en place le plus de mesures de distanciation possibles, mais c’est compliqué de travailler à plus d’un mètre quand il faut tenir et rassurer les animaux. Cette crise sanitaire va durer un an et demi ou deux ans, et on ne pourra pas soigner par correspondance. »

Un an et demi, oui, c’est la sentence minimum avant l'arrivée du vaccin

Un an et demi, oui, c’est la sentence minimum : « Ce n’est pas possible que le virus se tasse cet été, sauf erreur de typologie ou mutation. Il ne peut cesser de circuler que lorsque nous serons à l’immunité collective, ce qui demandera des années, donc il faudra un vaccin et techniquement ça prendra dans le meilleur des cas un an et demi. »

François s’en réfère aux épidémies qui éclatent dans les fermes, touchant les troupeaux. « C’est compliqué. Dans le cas du Covid-19, le gouvernement doit jongler entre ce qu’il faudrait faire et l’acceptation par les citoyens de ces mesures essentielles. Je n’aimerais pas être à sa place. Et en aval, les mesures décidées sont plus ou moins bien appliquées. Alors - comme dans un élevage - on bricole, et l’épidémie dure un certain temps, avec un pic qui se résorbe tout doucement. »

Les vétérinaires ont un business model similaire aux commerces de proximité

Le business model des vétérinaires ressemble à celui des commerçants de proximité. François, qui porte aussi une casquette de formateur, s’attache à développer dans le métier la culture du management « client » pour remplacer celle du « propriétaire d’animal ». « Les clients viennent chez nous, achètent une prestation et la règlent. Ils choisissent un cabinet plutôt qu’un autre. L’espacement entre deux rendez-vous, pour raisons sanitaires, engendre mécaniquement une baisse de chiffre d’affaires. Mais la baisse de pouvoir d’achat de nos clients va l’affecter également, de manière plus sourde et peut-être plus conséquente. Quand les clients ont moins d’argent, ils se passent de soins de confort mais parfois aussi, malheureusement, de soins vitaux pour leurs animaux. »

L'endurance est la clé pour dépasser cette période

« Je me suis interrogé sur la résistance économique de notre entreprise, conclut François. Nous, on peut continuer de travailler, on ne doit pas fermer boutique en cas de (re)confinement. Dans mon scénario noir, je ne vois pas de faillite, mais une forte diminution de la voilure. On n’a jamais licencié pour raisons économiques, je n’aimerais pas y être contraint. Pour le moment, j’essaie de mettre en place une nouvelle organisation du travail, sans être trop exigeant tout de suite, parce qu’il va falloir être exigeant longtemps, alors mieux vaut ne pas braquer les équipes. »


Portrait rédigé avec ♡ par Florence Boulenger

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