Catherine : 🙁

Mis Ă  jour : mai 28

L'optimisme fait banqueroute

La fondatrice de l’Optimisme.com a perdu le sourire.


Catherine Testa est classée par Linkedin depuis trois ans parmi les personnalités les plus influentes du pays.


Et pourtant, la crise du Covid-19 aura eu raison de son beau sourire. Catherine se rallie aujourd’hui Ă  ceux qui, depuis ses dĂ©buts, la taxaient de naĂŻvetĂ©. AprĂšs avoir licenciĂ© l’intĂ©gralitĂ© de son Ă©quipe, elle vient de fonder « Le RĂ©alisme », un magazine qui sera vendu dans les aĂ©roports dĂ©saffectĂ©s, avec des comprimĂ©s de Xanax. Une interview dĂ©calĂ©e, qui a dĂ©marrĂ© par un moment gĂȘnant, elle nous montre toutes les boĂźtes de conserve empilĂ©es sous son lit : « parce qu’on ne sait jamais »...

Bon. On vous l’accorde, on n’y est pas allĂ©es de main morte. Ces premiĂšres lignes constituent un « putaclic », et un pied de nez aux grincheux et aux prĂ©dicateurs morbides. C’est Catherine qui nous en a soufflĂ© l’idĂ©e involontairement, en nous parlant de son mĂ©tier.


Rassurez-vous, elle va trĂšs bien, elle a toujours la mĂȘme Ă©nergie - le mĂȘme sourire - et elle ne licencie personne
 Durant notre conversation, elle nous a expliquĂ© en quoi consiste sa profession « d’influenceuse » et en quoi, justement, le secret c’est d’ĂȘtre vraie.


"Le secret c’est d’ĂȘtre vraie"

« Quand j’ai commencĂ© Ă  travailler, c’était dans le dĂ©veloppement durable, explique Catherine. J’ai eu mon diplĂŽme, j’ai rejoint l’Ademe, Ă  une Ă©poque oĂč personne ne s’intĂ©ressait Ă  l’écologie. C’était avant le Grenelle. Cinq ou six ans plus tard, je me suis intĂ©ressĂ©e au numĂ©rique. En fait, je voulais comprendre les stratĂ©gies marketing, comprendre pourquoi tout le monde nous exhortait Ă  consommer, en se fichant du dĂ©veloppement durable. »

Etre optimiste c'est ĂȘtre taxĂ© de naĂŻvetĂ© et d'angĂ©lisme

Catherine plonge donc en coulisses et y acquiert sa premiĂšre certitude : « la sociĂ©tĂ© ne changera que par les gens ». Elle se dit alors qu’il est temps de redonner une chance Ă  une valeur sous-cotĂ©e : l’optimisme.

« Quand tu crĂ©es une boĂźte, quand tu te mets en couple, il y a un mĂȘme prĂ©-requis : l’optimisme. Notre sociĂ©tĂ© toute entiĂšre repose lĂ -dessus et pourtant on se moque des initiatives positives. On taxe de naĂŻvetĂ© et d’angĂ©lisme tous ceux qui les promeuvent. »

Trop de média jouent sur la peur, il fallait proposer l'inverse

La jeune femme lance alors un mĂ©dia : l’Optimisme.com propose une revue de presse 100% positive, des vidĂ©os, citations, Ă©tudes, interviews... Comme le promet sa baseline, c’est une « dose de bonne humeur au quotidien ». Le site se fait connaĂźtre de proche en proche. « Je crois que beaucoup de lecteurs en ont assez des informations qui jouent sur leurs peurs et leur instinct de survie. Je me suis dit, simplement, que j’allais proposer l’inverse. »


Pour financer son projet, Catherine lance un crowfunding en 2016. Elle lĂšve 17 000 euros et embauche ses deux premiers collaborateurs. « Le crowdfunding, en fait c’était un POC
 Et pour moi, ça a Ă©tĂ© un dĂ©clic. Jusque-lĂ , je n’affichais pas mon nom, je n’incarnais pas le projet. J’avais peur qu’on me prenne pour un bisounours. »

"Moi, ma cible, c’est une valeur, et c’est ça qui me permet de dĂ©cloisonner le lectorat."

"En 2018, L’Optimisme fĂ©dĂ©rait dĂ©jĂ  50 000 personnes, sans rien faire d’autre que de communiquer sur des valeurs. Ils sont aujourd'hui un million. Personne n’avait posĂ© une valeur sociĂ©tale aussi simple que l’optimisme. Je voulais m’adresser Ă  une population pour qui cela reste une valeur motrice. »

Aujourd’hui, le mĂ©dia compte prĂšs de 69 000 abonnĂ©s sur Linkedin, plus de 260 000 sur Facebook, 125 000 sur Instagram
 « Les marques, d’habitude, s’adressent Ă  des cibles prĂ©cises. Moi, ma cible, c’est une valeur, et c’est ça qui me permet de dĂ©cloisonner le lectorat. L’Optimisme regroupe des grands patrons comme des rĂ©sidents des citĂ©s. »

Assumer l'Ă©tiquette d'influenceuse

Catherine, qui n’aime pas les Ă©tiquettes, a progressivement assumĂ© celle d’influenceuse. « J’étais dĂ©jĂ  habituĂ©e, avec mon expĂ©rience en dĂ©veloppement durable, Ă  ĂȘtre l’utopiste de service, la dĂ©calĂ©e. Moi, l’incertitude, je connais. Et puis je suis un zĂšbre, une hyper sensible, j’ai fait mienne cette phrase de Gustave Flaubert : « Je suis douĂ© d'une sensibilitĂ© absurde, ce qui Ă©rafle les autres me dĂ©chire. » Alors, j’annonce la couleur. Je prĂ©viens que je suis comme ça. Et ça passe. »

Avec ses doutes, ses prises de risque, ses Ă©motions, elle touche son public.

Mieux : ça convainc. PlutĂŽt que de gonfler les muscles sur Linkedin, Catherine y Ă©crit des articles oĂč elle expose ses doutes, ses prises de risque, ses Ă©motions. Elle touche son public. Elle parle d’éducation, de santĂ©, de travail, d’écologie bien sĂ»r. Peu Ă  peu, on lui demande des confĂ©rences. Elle crĂ©e un Think Tank consacrĂ© Ă  la qualitĂ© de vie au travail. Elle se met Ă  Ă©crire des livres, publiĂ©s chez Michel Lafon. Elle devient coach dans l’émission d’Europe 1, « La France bouge », le midi entre 12h30 et 14h.

La croissance lente

DĂ©sormais, elle continue de faire croĂźtre son entreprise, Ă  un rythme volontairement lent. AdhĂ©sions, partenariats et surtout confĂ©rences constituent l’essentiel des revenus. « On a grandi, puis dĂ©-grandi, par choix. On a ouvert une boutique Ă  Paris pour que les gens puissent pousser la porte. Mais je ne veux pas d’investisseurs, pas de business plan Ă  cinq ou dix ans. J’aime ma libertĂ©. J’ai un comptable et un mentor : je me suis entourĂ©e de professionnels capables de faire ce que je ne sais pas, ou n’aime pas, faire. »

En pleine crise du Covid-19, Catherine et son Ă©quipe se sentent plus que jamais nĂ©cessaires. Ils continuent de gagner des lecteurs. Le confinement les a contraints Ă  annuler leur Ă©vĂšnement annuel - en mars - qui reprĂ©sente un quart du chiffre d’affaires. Peu importe, ils s’adaptent (lire ci-dessous) : les canaux numĂ©riques ont pris le relais et Catherine, jusqu’alors trĂšs peu amatrice de visioconfĂ©rence, s’y est mise
 avec le sourire.

Trois conseils optimistes

#1 - se rapprocher de son banquier


‱ « De grands groupes du luxe ont reportĂ© des confĂ©rences que nous devions tenir chez eux, d’avril 2020 Ă  avril 2020, et parfois 2021. Cela signifie que la crise Ă©conomique va s’installer pour un moment. Rapprochez-vous de vos alliĂ©s, Ă  commencer par votre banquier. Nous allons tous devoir tenir dans la durĂ©e. En l’acceptant, on peut s’organiser en fonction. »

#2 - pivoter


‱ « C’est le moment oĂč jamais d’apprendre Ă  pivoter. Nous-mĂȘmes avons pivotĂ© vers les canaux numĂ©riques, alors que nous Ă©tions trĂšs attachĂ©s aux rencontres physiques. Mais il faut voir les choses en face et transformer un problĂšme en opportunitĂ©(s) : c’est une chance d’acquĂ©rir de nouvelle compĂ©tences et de se diversifier. »

#3 - repenser l'emploi


‹ « C’est compliquĂ© de mettre ses salariĂ©s au chĂŽmage partiel, quand ils aiment leur mĂ©tier et ne demandent qu’à travailler ! Cette crise nous offre aussi l’occasion de rĂ©flĂ©chir au sens de nos emplois, aux bullshit jobs, ou encore aux conditions de travail. A L’Optimiste, nous envisageons de quitter Paris pour nous installer dĂ©finitivement en Normandie  »


Portrait rĂ©digĂ© avec ♡ par Florence Boulenger

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